
À la fin de la guerre d’Espagne en 1939, la France va devenir une terre d’asile et de transit pour tous les Espagnols désireux de fuir le régime du général Franco qui vient de renverser la démocratie. Au milieu des milliers de réfugiés, se trouve un jeune Navarrais qui a déserté sa caserne de Logroño. Arrivé à Paris il devient maçon, il est antifranquiste et se croit donc naturellement communiste. Mais les syndicalistes du bâtiment, avec qui il travaille sur les chantiers, lui font gentiment remarquer qu’il est plutôt anarchiste. L’anarchie, Lucio n’en a jamais entendu parler, mais une rencontre va changer sa vie. Un homme qui, comme lui, a fui la dictature du Caudillo, et va l’initier à la grandeur de la lutte des compagnons du drapeau noir. Quico Sabaté est un des principaux leaders anarchistes espagnols de l’époque, une figure de la guerre civile. Cette rencontre avec ce personnage charismatique va pousser Lucio à consacrer toute sa vie à cet idéal et à toutes les causes perdues de la seconde moitié du XXè siècle.
Lucio n’a jamais rien fait à moitié et il a une façon bien à lui de voir les choses. CNT, Tupac Amaros, ETA, Action Directe, GARI, Black Panthers et bien d’autres vont recevoir de l’argent ou des faux papiers de la part du maçon parisien, un franc-tireur prêt à rendre service à tous, pourvu qu’ils combattent les puissants.
Mais Lucio n’est pas Crésus, Lucio, c’est Robin des Bois. Il vole aux riches pour donner aux pauvres, ou plutôt à ceux dont il épouse les combats. Puisque la Justice ne rend pas justice alors il le fera à sa place. Les banques seront durant toute sa carrière ses cibles privilégiées. Lucio, qui est un touche-à -tout de génie, s’intéresse aussi à l’imprimerie et à la falsification de documents. Dans les années 60 il travaille le soir dans des imprimeries où il fabrique clandestinement ses propres documents d’identité.
C’est à cette époque qu’il commence à s’intéresser aux faux billets. Lors d’une rencontre avec Che Guevara, il propose à celui qui est alors le ministre de Fidel Castro, de se lancer dans la fabrication à grande échelle de faux dollars afin de dévaluer la monnaie américaine. Le projet ne verra jamais le jour.
Aussi curieux que cela puisse paraître, tout au long de sa vie, Lucio le maçon va être conduit à côtoyer des personnes que sa condition d’ouvrier n’aurait jamais pu lui permettre de rencontrer, que ce soit les leaders de la révolution cubaine mais aussi des hommes comme Jack Lang ou Roland Dumas qui sera son avocat. Pourtant Lucio n’a pas toujours été fréquentable, il sera même entendu par la justice pour enlèvement et séquestration de Baltazar Suarez, le gouverneur de la banque de Bilbao à Paris dans les années 70. Si Lucio est un bandit, c’est surtout un personnage attachant qui a toujours su attirer la sympathie. Il n’a jamais tué personne et ne s’est jamais enrichi. Tout ce qu’il a fait, il l’a fait pour la cause.
Son plus grand chef d’œuvre, Lucio va le réaliser en falsifiant des travellers chèques de la First National Bank. En s’attaquant à la première banque mondiale, il fera trembler un pilier de Wall Street. La qualité et la quantité de travellers que lui et ses amis arrivent à faire circuler dans toute l’Europe oblige la banque américaine à prendre des mesures radicales alors que ses pertes s’élèvent à plusieurs millions de dollars. Lors du procès, Lucio et ses avocats s’occupe d’un centre culturel à Paris, un centre qu’il a lui-même fondé et qu’il a baptisé du nom de l’héroïne anarchiste de la Commune de Paris : Louise Michel.
Lucio est un personnage ambivalent. On ne sait jamais vraiment s’il faut en faire un héros ou un voleur. Pour signifier cette dualité il nous est apparu essentiel de mener des interviews de ses proches, de ses compagnons de route, mais aussi et surtout de ceux qui l’ont combattu, les policiers et les banquiers. Ainsi nous avons pu restituer deux formes de regards sur Lucio, l’un affectueux et l’autre plus critique.
La vie de Lucio ressemble à un polar politico financier s’inscrivant dans l’Histoire du XXè siècle. Cette Histoire qui a un effet direct sur sa vie : la guerre d’Espagne qui le pousse à fuir vers un nouveau pays, la France, les évènements de mai 68 qui lui donnent une femme avec qui il fondera une famille, le soulèvement des mouvements et groupes contestataires pour qui il sera un allié de grande valeur. Ces passages du film, où la grande histoire rencontre l’histoire privée, sont illustrés par des images d’archives mélangées avec des photos personnelles de la famille de Lucio. En revanche, nous avons choisi de traiter les braquages, les fabrications de faux papiers et les séjours en prison grâce à des scènes de reconstitution qui nous permettent de décrypter le mode opératoire de chacune de ces entreprises et aussi d’entrer dans la psychologie du personnage afin de comprendre ses motivations.
La pluralité des intervenants et la diversité visuelle des archives et des reconstitutions dressent le portrait d’un homme qui est à lui tout seul une allégorie du combat pour la liberté.
Jose Mari Goenaga & Aitor Arregi
Réalisateurs
Auteurs/Réalisateurs : Aitor ARREGI et José Maria GOENAGA
Production : LES FILMS JACK FEBUS (France) - IRUSOIN - MORIARTI (Espagne)
Voix de Lucio interprétée par : Sergi LOPEZ
Directeur de la photographie : Javi AGIRRE
Ingénieur du son : Alazne AMEZTOY et Inaki DIEZ
Adaptation version française : Etienne BELLAN HUCHERY
Montage et effets spéciaux : Raul LOPEZ
Musique originale : Pascal GAIGNE
Lieux de tournage : Paris, France – Pays Basque et Navarre